Recrutement et marché du travail : bilan et perspectives

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Début d’année oblige, notre webinar ce mois-ci s’est consacré au bilan des grandes tendances observées en 2019 qui vont continuer de façonner le marché à l’avenir. Eric Gras, spécialiste du marché de l’emploi, et Alexandre Judes, économiste au sein du Indeed Hiring Lab ont répondu aux différentes questions autour des thèmes du chômage, de la formation, de la mobilité et des comportements des candidats.

Les faits marquants en 2019

Alexandre Judes : 2019 a été une bonne année sur le front du chômage avec la création de 260 000 emplois. Cette tendance à la baisse du chômage est observée depuis 2015 et se poursuit encore. La conjoncture économique avec le retour de la croissance a porté cette création d’emploi. Parallèlement, des réformes structurelles ont été mises en place progressivement depuis le précédent quinquennat. Il s’agit de réformes du marché de travail (barémisation des indemnités prud’homales par exemple) mais aussi des allègements de charges qui ont permis à un certain nombre d’entreprises d’embaucher plus facilement. Pour nuancer le propos optimiste autour du chômage, il faut tout de même remarque que nous restons tout de même à un niveau élevé (8,5%) comparé aux autres pays européens. Le plus inquiétant est la baisse du taux d’activité. Cela signifie que proportionnellement à l’ensemble de la population, la part des actifs diminue. Cela a donc des répercussions sur le financement de notre système de protection sociale et d’assurance chômage. En regardant plus précisément le taux d’activité des séniors, on identifie deux tranches d’âge. Les 55-60 ans ont un taux d’activité qui se rapproche de la moyenne générale. Alors que le taux d’activité chute brutalement après 60 ans.

Eric Gras : Le paradoxe c’est qu’avec un taux de chômage relativement élevé, on se retrouve pourtant avec les mêmes difficultés de recrutement que dans d’autres pays où le marché est beaucoup plus tendu. Il y a un problème d’inadéquation entre l’offre et la demande de travail.

La mobilité 

Alexandre Judes : Il existe trois leviers pour agir sur la mobilité géographique de la population active : le logement, les infrastructures et le télétravail. Les avancées sur ces trois domaines sont timides pour l’instant et ne bouleversent pas le marché du travail. En terme de mobilité sectorielle, nous sommes très en retard par rapport aux pays anglo-saxons.

Eric Gras : Nous observons sur notre moteur de recherche de plus en plus de requêtes avec le mot-clé « télétravail ». C’est une attente forte de la part des candidats, tout comme la flexibilité sur les horaires. C’est un pari gagnant pour les entreprises d’avancer sur ces sujets dans la mesure où elles peuvent en récolter les fruits en termes de satisfaction et d’engagement des salariés et de réduction de l’absentéisme. Le sujet de la mobilité géographique est également crucial. 80 % des recherches effectuées sur Indeed se font uniquement via le champ « où ». Cela signifie que pour de nombreux candidats, trouver un emploi le plus proche possible de leur localisation est le premier objectif. Enfin, la mobilité sectorielle est aussi en panne. On recrute encore beaucoup trop en France sur des compétences techniques (hard skills) acquises dans un secteur d’activité ou métier donné. En se focalisant davantage sur les aptitudes générales (soft skills) et la volonté du candidat, on pourrait leur permettre plus facilement d’évoluer d’un secteur à l’autre.

Les comportements de recherche d’emploi

Eric Gras : L’usage du mobile progresse encore beaucoup. Les entreprises doivent s’assurer que leurs offres et leur site carrière soient facilement lisibles sur un mobile. Le contenu doit également être travaillé en ce sens. Il ne faut pas se contenter d’adapter l’existant au mobile (rendre un site responsive par exemple), mais il faut repenser l’intégralité du parcours du candidat, de la phase de recherche jusqu’à la candidature, pour un usage mobile.

L’usage des mots-clés est très important au moment de rédiger les annonces d’offres d’emploi. Pour un matching idéal entre le candidat et l’offre, il faut que l’annonce utilise le même langage que celui du candidat.

Les candidats, souvent en quête de sens, sont en attente d’authenticité et de transparence de la part de l’employeur dans les contenus qu’ils lisent. Or, on retrouve souvent les mêmes textes de présentation de la part des entreprises qui mettent en avant un peu toutes les mêmes valeurs. Ce n’est pas forcément une bonne pratique de parler de soi longuement dès le début d’une annonce. Il faut attirer l’attention du candidat !

L’importance de la réputation et de la marque employeur continue de progresser : 83 % des candidats lisent les avis en ligne avant de postuler !