Soft skills et mad skills : l’avenir du CV ?

Le recrutement rime souvent avec une rengaine bien connue : CV, lettre de motivation, tests, entretiens… Ces étapes permettent d’évaluer l’adéquation du candidat au poste et à l’entreprise. Pourtant, derrière le processus très standardisé, de plus en plus de recruteurs s’attachent aujourd’hui à évaluer des compétences que les candidats ne savent pas ou n’osent pas mettre en avant.

Indeed a mené une étude croisée recruteurs/chercheurs d’emploi qui révèle que les soft skills (compétences non techniques, qualités humaines et savoir-être) et les mad skills (tout ce qui rend un candidat singulier comme par exemple des engagements personnels, des loisirs atypiques ou des expériences professionnelles peu cohérentes) sont un trésor souvent insoupçonné et sous-exploité par les candidats.

Le CV se réinvente

Traditionnellement, le CV a été pensé pour que sa structure reflète l’importance des informations qu’il contient. Or, si l’étude confirme que l’expérience professionnelle et les compétences techniques sont toujours les stars du CV du point de vue des recruteurs (96 % et 92 % respectivement), on observe que 61 % d’entre eux sont indifférents au fait qu’un candidat n’ait pas suivi le parcours-type pour son métier. De leur côté, les candidats (92 %) classent 2e par ordre d’importance leur formation.

Autre tendance forte, les informations liées à l’identité personnelle (loisirs, intérêts, passions etc.) sont jugées plus importantes par les recruteurs que celles liées à l’identité administrative (63 %  contre 53 %). Du côté des candidats, cette perception s’inverse, 76 % accordant de l’importance à l’identité administrative et 67 % à l’identité personnelle.

Par ailleurs, si la photo du candidat n’est pas un élément obligatoire à faire figurer dans le CV, 4 recruteurs sur 10 y sont toujours attachés.

La lettre de motivation est-elle toujours justifiée en 2019 ?

Dans le contexte de digitalisation que connaît la recherche d’emploi, on pourrait facilement penser que l’exercice le plus rédigé du recrutement soit devenu “old school”. L’étude révèle le contraire : 86 % des postulants estiment important de joindre une lettre de motivation à leur candidature.

En revanche, on constate que les recruteurs et les chercheurs d’emploi n’ont pas du tout la même vision quant à l’utilité de la lettre de motivation. Si pour les employeurs, la lettre sert avant tout à vérifier les qualités rédactionnelles et orthographiques (32 %) et cerner la personnalité du candidat (24 %) ; pour les candidats, l’objectif est avant tout d’expliquer la pertinence de leur candidature (46 %).

Des compétences oui, mais de l’adaptabilité surtout !

À la question “Quel type d’équipe cherchez-vous avant tout à constituer ?”, les recruteurs ont plébiscité à 62 % l’équipe la plus diversifiée possible afin de capitaliser sur la complémentarité, preuve qu’une bonne équipe est composée de personnes qui ne se ressemblent pas. 

Forts de ce constat, les recruteurs accordent une importance croissante à déceler les personnalités de leurs futurs collaborateurs :

  • 68 % attachent de l’importance aux expériences personnelles et hobbies à la lecture du CV,
  • 96 % ont l’habitude de poser des questions en ce sens lors de l’entretien,
  • 72 % prennent aujourd’hui davantage en compte les qualités humaines qu’il y a quelques années.

Lorsqu’ils recrutent, les décideurs RH cherchent avant tout un candidat avec une grande capacité d’adaptation (53 %), ce qui est cohérent avec notre monde où les métiers sont en perpétuelle et rapide évolution. 

Cette soft skill est actuellement plus prisée que les connaissances et compétences techniques des candidats (32 %), alors que ceux-ci s’imaginent à 38 % que c’est ce dernier critère qui est primordial pour les recruteurs. Ils sont seulement 30 % à miser sur leur capacité d’adaptation lors d’un entretien.

La personnalité est importante

Alors que les candidats ont souvent peur de se voir reprocher ce qu’ils ont de plus singulier ou d’effrayer les recruteurs par un hobby peu conventionnel, l’étude montre que ces derniers en sont au contraire friands. 

  • 54 % des recruteurs déclarent même qu’une expérience professionnelle atypique a déjà eu un impact positif sur leur décision d’embauche.
  • 50 % d’entre eux se sont déjà laissés convaincre par des profils dédiant énormément de temps à des projets personnels. 
  • Toutefois, 21 % des chercheurs d’emploi trouvent encore déplacé d’évoquer en entretien ce qui les définit le mieux.

Candidats et recruteurs s’accordent à dire que l’entretien d’embauche est le moment idéal pour démontrer ses qualités intrinsèques et interpersonnelles (61 % et 53 % respectivement).

Finie l’ère où l’on craignait d’affirmer sa personnalité, ses goûts, ses hobbies et ses valeurs : les recruteurs sont de toute évidence en quête de profils singuliers et adaptables, et sont plus enclins à se laisser surprendre par des parcours atypiques. 

 

Méthodologie : 

Menée entre le 16 et 20 septembre 2019, cette enquête à été réalisée par Bilendi auprès de 300 personnes, âgées d’au moins 18 ans, en recherche active d’emploi et 300 professionnels des ressources humaines et/ou du recrutement. Les méthodes des quotas et redressement ont été appliquées à plusieurs critères tels que le sexe, l’âge, la catégorie socioprofessionnelle et la région.