Trois pistes ambitieuses pour l’emploi d’ici 2025

Paris

Dans un contexte actuel de ralentissement de la croissance, le modèle social et fiscal en France est fragilisé. Pour financer le système redistributif, le pays a besoin, plus que jamais, de résoudre la question du chômage et de l’efficacité du marché du travail.

Indeed publie son rapport Transformer le marché du travail à l’horizon 2025, issu des recherches menées par l’institut de recherche Hiring Lab d’Indeed. Dans celui-ci, Alexandre Judes, économiste chez Indeed France, propose trois pistes de réflexion pour continuer à réformer le marché du travail français : l’amélioration de la mobilité et du logement, la réforme de la fiscalité et la modification des règlements régissant certaines professions.

Le logement et la mobilité

Aujourd’hui, le choix d’un logement se décide en grande partie en fonction de l’accès au lieu de travail. Les grands bassins d’emploi sont équipés d’infrastructures de transport efficaces mais surchargées. En dépit des mesures d’incitation visant à mieux répartir les emplois sur le territoire, et notamment la mise en place de crédits d’impôts, l’emploi se concentre souvent dans des régions centrales où l’immobilier reste cher. Les contraintes du marché de l’immobilier ont des conséquences directes sur la flexibilité du marché du travail.

Le déficit de mobilité serait ainsi à lui seul responsable de 1 à 2,5 points de chômage. Les difficultés de mobilité sont un frein à l’emploi, et la perte de productivité dues aux trajets domicile-travail quotidien restent trop importants et sont régulièrement pointés du doigt par les entreprises.

Construire massivement des logements dans les bassins d’emploi les plus dynamiques permettrait de rendre le logement accessible dans ces zones, et donc d’améliorer l’appariement sur le marché du travail en contribuant à rendre un emploi accessible à plus de personnes. En raison des contraintes d’occupation des sols, ces constructions seraient la plupart du temps verticales.

Parallèlement, améliorer et développer le réseau d’infrastructures de transport peut compléter cette approche axée sur le logement pour améliorer la mobilité des actifs, que cette mobilité soit intrarégionale, au sein des bassins d’emploi, ou interrégionale, entre les bassins d’emploi.

Les prélèvements obligatoires et le travail

Le taux d’imposition du travail a augmenté sur la période 2006-2016, la totalité de cette hausse étant due aux cotisations sociales. Les réformes introduites à partir de 2017 visent à diminuer les cotisations, mais à augmenter la CSG et donc à fiscaliser le financement de la protection sociale.

La fiscalité française décourage l’emploi et l’embauche pour les entreprises, en particulier pour les postes rémunérés aux alentours du SMIC. Ces salariés perdent en effet graduellement le bénéfice des allocations, comme la prime d’activité, lorsque leur revenu s’accroît, et n’ont donc parfois pas d’intérêt financier à travailler, ce qui entraîne la formation de « trappes à pauvreté ». Les dispositifs d’allègement de cotisations sociales mis en place depuis 1993 pour diminuer les cotisations sociales patronales ne semblent pas avoir été suffisamment efficaces pour créer des emplois et restaurer la compétitivité du pays.

Les prélèvements sur le travail n’incitent donc pas au retour à l’emploi pour les bas salaires, et constituent un frein à l’embauche pour les entreprises. Un ajustement s’impose qui pourrait se faire sans bouleverser l’équilibre en taxation du travail, du capital et de la consommation.

Souvent annoncée mais jamais appliquée, une réforme fiscale d’ampleur apparaît inévitable. Elle doit permettre d’atteindre trois objectifs : diminuer la pression fiscale, alléger le poids des prélèvements sur le travail, et permettre l’équilibre budgétaire.

Élaborer une fiscalité, c’est essentiellement trouver un bon arbitrage entre équité et efficacité. En pratique, il est préférable de fixer des impôts avec des taux bas et une assiette large. Ainsi, recentrer la fiscalité sur un certain nombre de prélèvements obligatoires simples, acceptés par la population et efficaces du point de vue économique permettrait d’atteindre ces objectifs. Ces baisses d’impôts doivent nécessairement s’accompagner d’une baisse des dépenses publiques.

La pérennité du modèle social passe aussi par l’augmentation du taux d’emploi.L’objectif est de rendre le travail plus attractif pour l’ensemble de la population active, et particulièrement pour les travailleurs âgés, qui pourront différer leur départ à la retraite, et pour les travailleurs peu qualifiés, qui pourront tirer profit de la polarisation des emplois  due à la transformation numérique.

Les réglementations professionnelles

Il est nécessaire de penser une réforme globale pour décloisonner le marché du travail et permettre la création de plus d’emplois qualifiés et bien rémunérés.

La transformation numérique annonce de profonds bouleversement des modèles productifs et du marché du travail. La question des professions réglementées est cruciale. Certaines sont déjà menacées comme les chauffeurs de taxis ou les libraires, et d’autres le seront à moyen ou court terme avec l’automatisation des tâches. Actuellement, le marché du travail français, et surtout pour les secteurs réglementés, est particulièrement rigide et ne permet pas de capter les gains de productivité rendus possibles par ce processus d’automatisation et le développement des innovations du numérique.

Par ailleurs, les professions réglementées constituent autant de sous-marchés très organisés au sein du marché du travail, qui réduisent la mobilité et les salaires des autres actifs.

L’une des pistes de réflexion consisterait à réformer les professions réglementées et ainsi, à être en phase avec les principes d’ouverture, de modernisation, et de pertinence de la réglementation afin de répondre aux enjeux actuels. Une ouverture des professions réglementées créerait des emplois (au moins 120 000 d’après une estimation de l’Inspection générale des finances réalisée en 2012) et favoriserait le pouvoir d’achat des ménages en assurant une baisse des prix. 

Conclusion : rendre possible ce qui est nécessaire

Les pistes proposées dans ce rapport montrent qu’il n’est pas nécessaire de modifier une fois de plus les politiques de l’emploi pour transformer le marché du travail et corriger certaines inefficacités économiques qui affectent le système productif. L’amélioration du logement et de la mobilité, une fiscalité plus lisible, et des réglementations professionnelles plus en phase avec l’époque faciliteraient l’accès au marché du travail et créeraient des opportunités, sans pour autant porter atteinte aux droits sociaux.

Si ces sujets vous intéressent, n’hésitez pas à télécharger le rapport complet Transformer le marché du travail à l’horizon 2025.