Interview économie : explications et perspectives sur l’emploi en France

Suite à la publication des chiffres du chômage au premier trimestre 2019 par l’INSEE, Alexandre Judes, économiste chez Indeed, met en perspective ces données lors d’un interview pour Jobradio.

Avec un taux à 8,7 % sur ce début 2019, le chômage est au plus bas depuis 10 ans. Comment peut-on expliquer ce chiffre ?

Le chômage a commencé à baisser en 2015, et nous observons aujourd’hui la poursuite de cette baisse conjoncturelle. La croissance française est plutôt élevée par rapport à son potentiel, ce qui mécaniquement engendre une baisse du taux de chômage. Ainsi, depuis 2015, on constate un mouvement régulier de baisses incrémentales, mais très faibles. Il ne s’agit donc pas d’un phénomène nouveau.

Le contexte global de croissance de l’économie française est principalement à l’origine du recul du chômage. De plus, les réformes structurelles qui ont visé à flexibiliser le marché du travail ont pu accompagner cette baisse, même si on peine encore aujourd’hui à en évaluer précisément les résultats.

Flexibiliser le marché du travail, que cela veut-il dire ?

Flexibiliser signifie faciliter les embauches et les licenciements. On a coutume de dire que le marché du travail en France est rigide et dual. D’un côté, les insiders, c’est-à-dire les personnes ayant un emploi stable (généralement un CDI), bénéficient de toute la protection apportée par le code du travail qui est particulièrement favorable aux salariés. De l’autre côté, les outsiders sont sans emploi, ou dans une situation d’emploi précaire, et ont beaucoup de difficultés à s’intégrer pleinement sur le marché du travail. Au final, il y a très peu de transitions, de fluxs, entre ces deux catégories.

L’emploi suit souvent, avec un certain retard, l’activité économique. À ce sujet, quelles sont les prévisions de croissance ? Va-t-on vers une amélioration ?

Aujourd’hui, la croissance française est au-dessus de son potentiel. Le potentiel correspond au régime de croissance « normal » de l’économie. Suite à la crise, on estime que ce potentiel s’est dégradé pour tomber autour de 1 %. Ainsi, les prévisions actuelles entre 1,5 et 1,7% restent au-dessus du potentiel de croissance. Nous sommes en haut du cycle, dans un régime de croissance relativement favorable pour le pays. Mais ce régime va s’essouffler. Nous observons déjà un ralentissement dans la zone euro. Le contexte international n’est pas bon avec la guerre commerciale qui s’annonce entre les États-Unis et la Chine. Par conséquent, il est probable que la croissance continue de ralentir sur les deux ou trois prochaines années.  Au sommet du cycle, nous redescendons inévitablement et il va devenir de plus en plus difficile pour l’économie française de continuer à créer des emplois sans réformes structurelles complémentaires.

La démographie va-t-elle aider à réduire le chômage ?

La démographie doit s’envisager à long terme. La population française progresse, et l’INSEE prévoit près de 77 millions d’habitants en 2070. Mais à moyen ou court terme, l’indice conjoncturel de fécondité baisse et se situe désormais en-dessous de 2 enfants par femme. Ainsi, les générations ne se renouvellent plus complètement. Ainsi, après 2070, si ce taux de fécondité se maintient, la courbe s’inversera et nous rentrerons dans une phase de baisse de la population. Par rapport aux autres pays européens, la France est dans une démographie plutôt dynamique avec un indice de fécondité parmi les plus élevés. C’est l’un des pays européens où le taux de natalité reste le plus élevé. Mais avec un marché du travail très rigide, le pays n’arrive pas à créer suffisamment d’emplois. Le risque à terme est de voir le PIB par habitant se dégrader, avec une lourde menace sur notre système de protection sociale financé par l’impôt et le travail.

Quelles sont les pistes pour agir sur le marché de l’emploi ?

Il existerait entre 150 000 et 300 000 emplois non pourvus en France, selon les différentes évaluations. Ces chiffres sont le symptôme d’une mauvaise adaptation de l’offre à la demande. Certains postes restent vacants soit par pénurie de compétences, soit par réticence à postuler de la part des candidats pour les métiers dits difficiles. Le gouvernement tente d’agir sur le sujet en améliorant le système de formation professionnelle afin que les personnes les plus éloignées du marché du travail puissent revenir à l’emploi.

Pour agir efficacement sur l’emploi, il faut s’intéresser à la question de la mobilité, géographique et professionnelle. En 2015, l’IGAS a publié un rapport sur la mobilité géographique des travailleurs. Selon cette étude, en apportant une véritable réponse à la mobilité géographique, nous pourrions espérer réduire le taux de chômage de 1 à 2,5 point. Les solutions envisagées peuvent être regroupées en trois champs d’action  :

  1. Inciter les entreprises à développer le télétravail.
  2. Développer les réseaux de transport.
  3. Construire de nouveaux logements.

Retrouvez l’intégralité de cet interview à écouter sur Jobradio.